Erhart, Pascale

Présentation

 
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TEXTE INTÉGRAL

Les textes rassemblés dans ce numéro des Cahiers du GEPE cherchent à mettre en lumière les facteurs permettant de mieux comprendre le regain d’intérêt pour des langues dites « minoritaires » ainsi que les processus de revitalisation de ces langues qui semblent à l’œuvre dans différents espaces en Europe. La notion de revitalisation parcourt en effet en creux le questionnement de la plupart des contributions qui sont issues du colloque Langues minoritaires : quels acteurs pour quel avenir1. Les explorations portent ainsi en priorité sur des langues restées en marge des processus d’unification ayant conduit à l’émergence des « grandes » langues standard et aujourd’hui souvent qualifiées de « régionales » ou « minoritaires », et aussi, en l’occurrence, de « langues de France »2.

En interrogeant les relations entre variantes et standard, Alain Viaut établit une typologie précieuse pour l’analyse des processus de majoration/minoration des langues et cultures en contact, permettant d’identifier différents leviers d’intervention dans des espaces aussi divers que la Catalogne, la Corse ou encore l’Alsace.

Le bilan du projet RESTAURE (Bernhard et al.), qui a eu pour objectif de fournir des ressources numériques, en particulier à travers la constitution de corpus et lexiques, ainsi que d’outils de traitement automatique des langues pour trois langues régionales de France (l’alsacien, l’occitan et le picard), souligne l’importance de l’outillage de ces langues et de leur assise numérique.

La contribution de Maximilien Guérin portant sur les activités de quatre associations locales qui visent à promouvoir l’usage des parlers du Croissant aborde également la question de la standardisation de la langue ainsi que celle de son assise numérique. Le chercheur montre que ces deux facteurs faiblement développés constituent de véritables freins à la transmission de ces parlers qui paraissent en voie d’extinction.

Il faut cependant noter que les deux projets de recherche sur lesquels s’appuient les contributions de Bernhard et al. et de Guérin ont bénéficié du soutien financier de l’Agence Nationale de la Recherche, d’une part, et ont reçu un accueil favorable du public dans les régions concernées, d’autre part, ce qui semble indiquer que les chercheurs qui s’intéressent à ces langues sont en quelque sorte, au moins indirectement, des acteurs de leur (re)valorisation.

Parmi les interventions que l’on pourrait qualifier de « venant d’en bas » figure également l’usage des parlers dialectaux mosellans dans le paysage linguistique de la Lorraine germanophone (Moselle-Est), auquel est consacrée l’étude de cas proposée par Rahel Beyer. Cette dernière apporte un nouveau regard sur une situation de contacts de langues rarement traitée par la sociolinguistique francophone et montre que les associations locales et initiatives individuelles peuvent rendre visible une variété par ailleurs largement minorée et tenter de lui (re)donner « une certaine respectabilité » (Beyer, ce numéro). Cependant, comme dans le cas des parlers du Croissant, il apparaît que, si au niveau intermédiaire d’intervention, entre top down et bottom up, les communes et collectivités locales ont certes tendance à soutenir les initiatives « d’en bas », elles ne les prennent que rarement elles-mêmes.

Enfin, l’étude de cas proposée par Pavel Angel del Montiel sur les représentations de l’alsacien dans la vallée de Munster rappelle l’importance des aspects représentationnels dans les dynamiques de majoration/minoration des langues dans les discours produits par les locuteurs, qui sont les principaux acteurs de la (non-) transmission.

L’espace scolaire, en tant que lieu institutionnel d’enseignement-apprentissage des langues, fait également l’objet de deux contributions à ce numéro. Dominique Huck et Anemone Geiger-Jaillet questionnent ainsi dans leur contribution sur l’enseignement de la « langue régionale » en Alsace la manière dont est comprise la notion de « langue régionale » par le corps enseignant et/ou l’institution scolaire, qui semble différer de celle du corps social alsacien. En contrepoint, Argia Olcomendy propose un focus sur la formation des enseignants de langue basque et les compétences particulières dont ceux-ci doivent disposer. Les deux contributions révèlent le caractère central de la formation des enseignants de « langue régionale » pour une transmission effective de ces langues.

L’ensemble est complété par le compte rendu de l’ouvrage de Carmen Alén-Garabato et Henri Boyer (2020), proposé par Odile Schneider-Mizony, portant sur une thématique moins fréquemment traitée en sociolinguistique mais non moins passionnante, celle de l’usage des langues minoritaires dans la sphère économique.

Bonne lecture !


Notes

1 Organisé par l’UR 1339 LILPA (GEPE), avec le soutien de la DGLFLF et de la Région Grand Est, les 21 et 22 novembre 2019 à l’Université de Strasbourg, <http://dialectologie.unistra.fr/langues-minoritaires-2019/>.

2 Cf. Glottopol n°34, « Les ‘langues de France’, 20 ans après », juillet 2020, <http://glottopol.univ-rouen.fr/numero_34.html>.


POUR CITER CE DOCUMENT

Erhart, Pascale, 2020, «Présentation», Les Cahiers du GEPE, N°12/ 2020.
Langues minoritaires : quels acteurs pour quel avenir ?, Strasbourg : Presses universitaires de Strasbourg, URL : http://www.cahiersdugepe.fr/index.php?id=3633
 


A PROPOS DE

Pascale Erhart

pascale.erhart@unistra.fr 
 
UR 1339 LilPa – Université de Strasbourg
Chaire Unesco sur les pratiques journalistiques et médiatiques, entre mondialisation et diversité culturelle
 
Pascale Erhart est maître de conférences en dialectologie alsacienne et mosellane et en sociolinguistique à l’Université de Strasbourg. Ses travaux portent sur les pratiques, statuts, discours et représentations de et sur l’alsacien en ce début de XXIe siècle, avec un intérêt particulier pour les médias audiovisuels et les réseaux sociaux numériques. Plus généralement, ses travaux s’ancrent dans le champ des contacts de langues et des politiques linguistiques.